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Communication Toastmasters

Un chercheur peut-il conquérir son public en moins de 3 minutes ?

La gagnante de “Ma thèse en 180 secondes” nous montre comment

Traitement du syndrome d’apnée obstructive du sommeil par pression positive continue : étude des données de télésurveillance pour comprendre l’impact des modifications du traitement et prédire les évènements aigus. Voilà un sujet de discours qui n’intéresse qu’une poignée d’experts, n’est-ce-pas ?

Pourtant, avec un tel sujet, Alphanie Midelet vient de remporter la finale française du concours « Ma thèse en 180 secondes ». Ce concours permet aux doctorants de présenter leur sujet de recherche à un auditoire profane. Chaque étudiant ou étudiante doit faire, en trois minutes, un exposé clair, concis et convaincant sur son projet de recherche.

Dans ce billet, nous allons évaluer son discours selon la méthode Toastmasters et comprendre comment rendre accessible un sujet compliqué. Comme Alphanie va défendre les couleurs de la France pour la finale internationale à Montréal dans quelques mois, peut-être pourrons-nous lui donner quelques conseils pour s’améliorer et remporter la palme d’or.

guider l’auditeur pas à pas

Le premier défi que relève Alphanie Midelet est d’éviter de perdre son auditeur sur le chemin d’une explication compliquée. Pour cela, elle adopte une structure simple et efficace : un problème à résoudre (comment bien régler l’appareil d’apnée du sommeil), une solution (les algorithmes développés par la chercheuse) et les bénéfices (éviter les crises cardiaques).

Une structure simple prend par la main le public pas à pas. En plus, la jeune femme prend soin de disposer des poteaux indicateurs en chemin pour rappeler la structure.

Enfin, sa conclusion, en 5 secondes, résume le message.

captiver l’attention du public et la soutenir

La chercheuse rend son discours captivant grâce à une combinaison idéale de stylistique, de variété vocale et de gestuelle.

Sur le plan du style, elle file, tout au long de son propos, la métaphore météorologique qui est bien appropriée au sujet de la respiration. Quelques chiffres sur la maladie du sommeil ça et là rendent sa parole plus convaincante.

Elle utilise à merveille la prosodie des mots : par exemple “dormir en respirant, c’est important” en les scandant comme dans une ritournelle. Elle manie la variété vocale, comme quand elle imite l’enfant.

Enfin, elle se sert de ses mains à plusieurs occasions, pour évoquer l’apnée du sommeil et les voies aériennes qui se bouchent et pour évoquer les différentes catégories de patients. Cela lui permet d’enrichir son discours en l’accompagnant sur le plan non verbal.

quelques maladresses aisément rectifiables

Si la conclusion résume bien l’ensemble du discours, elle mériterait cependant d’être un peu moins scolaire et d’ouvrir des perspectives. Pourquoi pas une citation qui reprendrait la métaphore météorologique ?

Son débit de parole est parfois trop rapide. Cela nuit à la compréhension, comme par exemple le passage sur le cœur et son lien avec la respiration. Sans doute pressée par le temps, Alphanie a cherché à placer plus de mots. Au contraire, elle pourrait essayer d’en éliminer quelques-uns pour garder un débit suffisamment lent pour une bonne compréhension.

Enfin, ses mains en feuilles de vigne du début et de la fin ne sont pas des plus seyantes. Il serait préférable de laisser les bras tomber naturellement le long du corps

pour aller plus loin

Finalement, Alphanie démontre qu’un discours n’a pas besoin d’être long pour être clair et que même la science la plus compliquée peut être captivante. Nous lui souhaitons bonne chance pour la suite de la compétition.

En attendant, si vous aussi vous rêvez de raconter votre histoire en séduisant ceux qui vous écoutent, venez assister à l’une de nos réunions. Pour s’inscrire, c’est ici.

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Communication Psychologie Toastmasters

La gestion de soi ou comment devenir prix Nobel de littérature

La gestion de soi est une méthode simple utilisée par nombre d’écrivains pour soutenir leur motivation

Dans sa propriété de Key West, à la tombée du jour, l’écrivain inscrit le nombre de mots écrits dans la journée sur le graphique épinglé sous la tête de la gazelle ramenée d’Afrique. Les veilles de sortie en mer, il écrit davantage pour se sentir moins coupable de la journée passée loin de sa table de travail.

Ce maniaque n’est autre qu’Ernest Hemingway, prix Nobel de littérature et auteur prolifique. Il illustre la gestion de soi, cette capacité à contrôler son activité, ici l’écriture, pour atteindre l’objectif que l’on s’est fixé. La gestion de soi est particulièrement utile à l’écrivain dont la motivation est mise à rude épreuve, en particulier par les inévitables lettres de rejet des éditeurs qu’il reçoit au cours de sa carrière.

La gestion de soi repose sur trois piliers : objectif, observation et évaluation.

SE FIXER UN OBJECTIF AMBITIEUX

Comment savoir qu’on est arrivé si l’on n’a pas d’adresse ? Ainsi que les psychologues l’ont démontré, il y a longtemps déjà, il faut fixer un but à ses actions. En particulier, ils ont remarqué que plus l’objectif était audacieux, plus forte la motivation, plus grand l’effort déployé et, in fine, meilleur le résultat.

Pour cela, un but doit avoir trois caractéristiques : être très spécifique, ambitieux et borné par une échéance. Ainsi, l’auteur américain de best-sellers Irving Wallace se fixait un nombre hebdomadaire de pages à produire, proportionné au temps qu’il consacrait à l’écriture.

SAVOIR S’OBSERVER

Observer le comportement que l’on souhaite améliorer fournit l’information utile au progrès. Quels sont les obstacles qui s’opposent au but qu’on s’est fixé ? Dans quelles circonstances est-on plus ou moins performant ? En outre, observer permet de constater le succès des stratégies déployées et l’évolution vers le but. C’est ce que faisait Hemingway avec ses relevés quotidiens.

ÉVALUER DE MANIÈRE CONSTRUCTIVE

Évaluer, c’est critiquer son comportement de manière constructive et bienveillante. C’est se donner des conseils en vue de s’améliorer, souvent par petites touches. Hemingway avait remarqué en s’observant qu’il perdait du temps en reprenant le travail de la veille. Il eut l’idée de s’arrêter au milieu d’une phrase pour reprendre le lendemain sans retard à partir de cette phrase.

Pour ma part, quand j’écris un discours, j’ai pris l’habitude d’établir un plan détaillé. J’ai remarqué que cela libérait mon esprit en phase de rédaction.

Le cas échéant, l’évaluation permet d’adapter l’objectif s’il s’avère irréaliste ou de s’en fixer un plus ambitieux s’il est vite atteint.

POUR ALLER PLUS LOIN

Objectif, observation et évaluation, ce sont aussi les piliers de la méthode Toastmasters qui permet à nos membres de ne plus appréhender les prises de paroles en public. Intéressés ? Venez donc assister à l’une de nos soirées conviviales. C’est ici.

 

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